L'Histoire




 

C'est l'histoire de deux jeunes chômeurs, Pierre et Danielle, qui se rencontrent à l'A.N.P.E. et qui, aidés par un ancien du village, décident de remettre en marche un four banal. C'est alors que les soucis commencent.
Comme dans toute structure de récit, ily a les aides : ici, ce sont les parents, les anciens, les amis, et les opposants : le maire du village, le boulanger et le chômage.
 



Texte de J.M. LAYMAND à l'origine de ce court métrage :

"OUVERTURE PROCHAINE"


Pierre, vingt deux ans, chômeur est venu à Annecy dans l'espoir de trouver un travail introuvable dans son Nord natal. Le peu d'argent qu'il touche lui permet juste de vivre. Au cours d'une de ses errances à travers la ville il entre dans une agence de l'A.N.P.E.. Là, il fait la connaissance de Danielle. Agée de vingt ans, elle vit chez ses parents dans un hameau isolé à quelques kilomètres de la ville. Ils échangent leurs expériences de la recherche d'un hypothétique emploi et sympathisent. Elle l'invite à venir la revoir dans son village mardi prochain.

Mardi venu, il se rend à Attilly revoir la jeune femme. Ils font le tour du village et elle lui présente les lieux qu'elle aime. Revenus au centre du hameau, ils s'arrêtent devant le four banal. Gustave, un vieux paysan est assis au soleil devant la bâtisse.
Danielle se lance dans une explication du fonctionnement du four. Gustave qui l'entend l'arrête et fait, avec une émotion grandissante,revivre pour eux ce lieu qu'il a si bien connu.

Les jeunes gens le quittent pour le déjeuner. En mangeant, ils se moquent gentiment de Gustave quand l'idée leur vient de faire une fournée. La dernière bouchée avalée, ils se rendent chez Gustave pour lui demander son assistance. Le vieil homme se fait prier un peu pour la forme puis accepte. La description qu'il a faite avant le repas lui trotte depuis dans la tête.

Les voilà partis, tous les trois unis par un même projet. La tâche ne manque pas: vérifier l'état du four, nettoyer le pétrin, refaire une pelle à pain en prenant exemple sur celle que Gustave a trouvé dans son grenier mais qui est cassée, chercher du bois, pas trop gros et bien sec. Pierre achètera la farine à la minoterie à Annecy. Danielle apportera le sel. L'après-midi avance, Rendez-vous est pris pour jeudi à 7 heures pour la première fournée.

Pierre rentre à Annecy. Le lendemain il se rend à la minoterie, achète les deux sacs de farine que Gustave lui a commandés. Il laisse la voiture sur le parking de l'immeuble. Il n'est pas rassuré et vérifie régulièrement que le précieux chargement est toujours là. Jeudi à l'aube, au volant de l'ancienne Renault 4, il prend la route d'Atilly.

Quand il s'arrête devant la maison où habite Danielle, il aperçoit Gustave debout devant le four, un fagot de bois à ses pieds et un journal à la main. Danielle qui a entendu la voiture sort. Elle rejoint Pierre et tous deux se précipitent auprès de Gustave. Danielle saisit le journal, sort un briquet et enflamme le fagot placé dans le four. « Il faut préchauffer les pierres, il y a des années qu'elles n'ont pas vu le feu ! » lance Gustave en refermant la lourde porte en fonte.

Les trois nouveaux amis se rendent chez Danielle, le pétrin trône déjà installé entre deux chaises. Sur les indications de Gustave, les jeunes gens préparent la pâte, la mettent à lever, chauffent le four.

Après une pause passée, à regarder le feu, il faut vider la cendre, former les pains et enfourner. Le temps de cuisson semble interminable aux trois boulangers mais aussi à tous les curieux attirés par cet événement.
 

 «La cuisson est terminée » annonce Gustave en regardant sa montre gousset «Il faut sortir les pains maintenant ». Les miches, dorées à point sont sorties et posées délicatement sur les pierres qui font office de desserte. Parmi les curieux les demandes fusent «Vous me vendez un pain ? ». La fournée part en cinq minutes, les trois amis ont beaucoup de mal à conserver les deux derniers pour eux. Le premier est coupé sur le champ et chacun déguste son morceau encore chaud. Danielle emporte l'autre et le partage en trois part égales.

Devant ce succès, comme il reste de la farine et que l'opération s'est avérée rentable, ils décident de renouveler l'expérience dès samedi.
De succès en succès, Pierre et Danielle se débrouillent maintenant seuls, Gustave se contente de les surveiller du coin de l'œil. C'est toujours lui qui vérifie la température du four avec un morceau de papier journal avant d'enfourner. Ils vendent désormais leur pain sur les marchés alentours.

Le petit commerce semble bien parti. Hélas, les contraintes administratives ne tardent pas, déclarations, paperasseries et contrôle sanitaire, vraisemblablement demandé par le boulanger du chef lieu qui voit d'un mauvais œil cette nouvelle concurrence.

Les jeunes commencent à douter. Ils rapportent le pétrin et les outils qu'avait prêtés, le vieil homme. Celui-ci, devant le désarroi de ses protégés leur propose :
« Si le boulanger ne veut pas vous laisser faire du pain, faites vous boulanger, A Alby, il y a une boulangerie fermée depuis cinq ans, je connais le patron, il est de ma classe, emmène-moi là-bas, nous allons le voir. »

La boulangerie n'a pas fière allure, volets fermés défraîchis, poussière et toiles d'araignées partout, étagères rouillées. Dans le fournil même décor, la porte du four est béante, le vieux pétrin mécanique ne tourne plus. Malgré ce tableau, l'énergie de Gustave est communicative. Il liste les travaux urgents puis les améliorations qui peuvent attendre. « Le maire vous aidera pour les démarches, il pourrait même vous aider pour le démarrage. »  Pierre et Danièle, se concertent puis conviennent d'un rendez-vous avec le patron qui n'est pas gourmand, trop heureux de voir repartir son commerce. Il ne demande comme loyer que son pain qu'il souhaite prendre au fournil chaque jour comme avant.

Les trois amis quittent la boutique, pendant que les deux jeunes s'installent dans la voiture, Gustave revient sur ses pas, sort de la poche de sa veste une craie grasse et écrit sur le volet : « OUVERTURE PROCHAINE. »


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